First Van Cleef & Arpels : le bijou olfactif intemporel
La première fois que j’ai porté First, j’avais emprunté le flacon de ma tante. J’avais seize ans et je me sentais adulte d’un coup – presque trop. Vingt ans plus tard, je comprends mieux ce qui m’avait intimidée : First ne joue pas dans la catégorie des parfums discrets.
Van Cleef & Arpels, de la joaillerie à la parfumerie
Bon, soyons honnêtes : quand une maison de joaillerie parisienne se lance dans le parfum en 1976, on peut craindre le gadget marketing. Mais Van Cleef & Arpels n’a pas fait les choses à moitié. First était leur premier jus (d’où le nom, vous suivez?) et ils ont confié la création à Jean-Claude Ellena, pas le premier venu.
L’idée? Créer l’équivalent olfactif d’un bijou précieux. Ambitieux.
Le résultat a dépassé les attentes. First est devenu un classique des années 70-80, porté par des femmes qui n’avaient pas peur d’entrer dans une pièce et de marquer les esprits. Le genre de parfum qu’on sentait arriver avant de voir la personne – et ce n’était pas un défaut à l’époque.
La pyramide olfactive : un feu d’artifice contrôlé
Les premières secondes qui réveillent
L’ouverture de First, comment dire… elle claque. Les aldéhydes arrivent en premier (logique pour un parfum de cette époque) avec cette sensation presque pétillante, métallique. Ça pique un peu le nez. Puis viennent la pêche et l’abricot, mais pas du tout version bonbon. C’est une approche lactée, presque poudreuse de ces fruits à noyau.
Le poivre rose ajoute une vibration épicée qui empêche l’ensemble de basculer dans la douceur facile. Franchement, ces trente premières secondes sont un électrochoc olfactif.
Le cœur floral orchestral
Et là, surprise… le parfum bascule dans un bouquet floral qui ferait passer un mariage royal pour sobre. Rose, jasmin, iris, orchidée, ylang-ylang, œillet – Jean-Claude Ellena a vidé le camion.
Mais voilà le truc : ça fonctionne. Parce que ces fleurs ne sont pas traitées de façon naturaliste. Elles sont stylisées, presque abstraites, avec cette texture poudrée qui unifie l’ensemble. L’iris joue un rôle clé ici, apportant cette élégance parisienne un brin hautaine.
Pour ceux qui veulent creuser l’analyse technique des notes, je vous recommande de consulter la fiche complète qui détaille chaque accord.
Le fond qui reste
Le drydown de First m’évoque toujours un vieux coffret en bois précieux tapissé de velours. Le santal domine, crémeux et onctueux, soutenu par un boisé d’ambre gris qui apporte de la profondeur. La vanille reste discrète – on est loin des gourmandises contemporaines. Le musc blanchit l’ensemble, créant cette sensation poudreuse qui est devenue la signature du parfum.
Tenue? Environ six heures sur ma peau, ce qui est honnête pour une eau de parfum de cette génération. Le sillage est généreux les deux premières heures puis se calme progressivement.
À qui s’adresse First aujourd’hui?
Voilà une question délicate. First n’est clairement pas un parfum facile à porter en 2024. Les codes ont changé. On privilégie la légèreté, la fraîcheur, les sillages discrets (vous voyez le genre?).
First assume pleinement son opulence. C’est un parfum de femme qui sait ce qu’elle veut et n’a pas besoin d’être validée. Pas de petite fleur timide ici.
Je le vois sur :
- Les amoureuses des classiques qui n’ont pas peur de sentir « vintage »
- Les femmes de plus de 40 ans qui cherchent un parfum avec du caractère
- Celles qui portent du rouge à lèvres rouge un mardi matin
- Les nostalgiques des grandes heures de la parfumerie (avant que tout devienne aquatique)
Entre nous, j’éviterais de le porter au bureau dans un open space. First demande de l’espace – littéralement et métaphoriquement. Un dîner, une soirée habillée, un événement où vous voulez marquer votre territoire… là, il fait des merveilles.
La version moderne existe-t-elle?
Van Cleef & Arpels a reformulé First au fil des années (impossible d’échapper aux réglementations IFRA). La version actuelle est légèrement moins puissante que l’originale de 1976, mais l’ADN reste reconnaissable.
Certains puristes pleurent la version vintage. Moi, je trouve que le parfum actuel reste suffisamment affirmé pour ne pas avoir à rougir devant son aîné. Ah, et j’oubliais : le flacon a gardé cette élégance bijou avec son bouchon qui ressemble à un diamant taillé. Classe.
Si vous voulez voir les prix actuels, ils tournent généralement autour de 70-90€ pour 60ml, ce qui reste abordable pour un classique de cette stature.
Comment porter First sans faire vintage dépassé?
Quelques astuces personnelles :
D’abord, allez-y mollo sur la vaporisation. Deux pshitts suffisent largement – un dans le cou, un sur les poignets. First n’a pas besoin de quantité pour se faire remarquer.
Ensuite, choisissez vos moments. First en été sous 30 degrés? Recette pour l’asphyxie générale. En revanche, par temps frais ou en soirée, il resplendit. L’automne et l’hiver sont ses saisons de prédilection.
Enfin, assumez. Si vous portez First en vous excusant mentalement, ça se sentira (au propre comme au figuré). Ce parfum demande de l’assurance. Sinon, c’est lui qui vous porte – et pas l’inverse.
Ma position personnelle (subjective et assumée)
First n’est pas mon parfum de tous les jours. Pas mon chouchou absolu. Mais je garde précieusement mon flacon parce que certains soirs, c’est exactement ce qu’il me faut.
Quand j’ai besoin de me sentir blindée, puissante, adulte avec un grand A – First fait le job. C’est mon armure olfactive.
Ce qui me fascine, c’est sa capacité à diviser les gens. Soit on déteste (« trop fort, trop vieux, trop tout »), soit on vénère. Pas de tiédeur avec First. Et ça, franchement, c’est rafraîchissant dans un monde de parfums calibrés pour plaire à tout le monde (donc à personne vraiment).
Pour découvrir First sous un autre angle, d’autres analyses peuvent enrichir votre compréhension de ce classique complexe.
Les alternatives si First vous intimide
Parce que je sais que tout le monde n’est pas prêt pour une telle puissance :
- Chanel Cristalle EDP : moins opulent mais dans la même famille élégante poudreée
- Hermès 24 Faubourg : aussi riche mais plus solaire
- Guerlain Nahéma : le côté floral aldehydé avec plus de douceur
Mais bon, si vous cherchez vraiment l’expérience First, aucune alternative ne fera l’affaire. C’est comme vouloir remplacer un diamant par du strass – techniquement ça brille aussi mais ce n’est pas pareil.
Mon verdict final
Note : 8.5/10
First mérite largement sa place au panthéon des grands classiques. C’est un témoignage d’une époque où la parfumerie osait la complexité, l’opulence, le sillage généreux.
Points forts :
- Composition riche et multicouche qui évolue magnifiquement
- Tenue et sillage au rendez-vous
- Personnalité affirmée – on ne confond pas First avec autre chose
- Intemporel dans son élégance (même si pas dans son style)
Points faibles :
- Peut paraître daté pour les nez habitués aux fraîcheurs modernes
- Demande une certaine assurance pour le porter
- Pas polyvalent (oubliez le bureau ou les grosses chaleurs)
- Peut être écrasant si surdosé
Faut-il l’avoir dans sa collection? Si vous vous intéressez sérieusement à la parfumerie et son histoire, oui. Ne serait-ce que pour comprendre ce qu’était un « grand parfum » dans les années 70-80.
Faut-il le porter régulièrement? Ça dépend totalement de votre personnalité et de votre style de vie.
Bref.
First reste un bijou olfactif qui a traversé presque cinquante ans sans perdre sa couronne. Combien de parfums peuvent en dire autant?
