Sushi Imperiale Bois 1920 : le parfum qui divise
La première fois que j’ai lu « Sushi Imperiale », j’ai cru à une blague. Un parfum qui s’appelle comme mon restaurant japonais préféré ? Bon, soyons honnêtes : le nom fait sourire. Mais ce qui est dans le flacon mérite qu’on s’y attarde sérieusement.
Bois 1920, l’artisan florentin qu’on ne présente plus
Bois 1920 appartient à cette catégorie de maisons italiennes qui font les choses à l’ancienne. Basée à Florence depuis 1920 (vous l’auriez deviné avec le nom), cette maison familiale travaille le parfum comme on travaillait le cuir et les essences précieuses au début du siècle dernier.
Leur catalogue ? Baroque, parfois déroutant, souvent brillant. Ils n’ont jamais eu peur des compositions atypiques. Sushi Imperiale s’inscrit parfaitement dans cette lignée – c’est le genre de parfum qui fait lever les sourcils lors de la présentation des notes.
Ce que mon nez a senti (vraiment)
Les premières secondes : le choc épicé
Le poivre rose débarque sans prévenir. Pas subtil pour deux sous. C’est vif, ça pique presque, ça réveille. Le citron suit immédiatement, mais pas le citron propret des eaux de Cologne. Non. Un citron vert, légèrement amer, qui tempère à peine l’assaut poivré.
Ces premières minutes peuvent déstabiliser. Franchement, j’ai mis trois essais avant de décider si j’aimais ou pas. Spoiler : j’ai fini par craquer.
Le cœur : là où ça devient intéressant
Après quinze minutes environ, le sésame fait son apparition. Et là… comment dire ? C’est inhabituel. Vraiment. Le sésame en parfumerie donne cette texture grasse, crémeuse, légèrement toastée qu’on retrouve dans l’huile ou les graines grillées. Ça sent le végétal noble, pas le potager.
Le gingembre s’entrelace avec cette note de sésame d’une manière que je ne sais pas trop comment expliquer. C’est chaud sans être sucré, épicé mais doux, avec une fraîcheur souterraine qui persiste. Vous voyez le genre ? On est loin du gingembre confit des parfums gourmands classiques.
Ce duo sésame-gingembre crée quelque chose d’assez unique. Ça évoque vaguement la cuisine asiatique (d’où le nom, j’imagine), mais sans tomber dans le cliché ou le côté gadget. C’est plus sophistiqué que ça.
Le fond : retour au connu
Après deux heures, les bois prennent le relais. Rien d’extraordinaire ici – on retrouve ces accords boisés secs qu’on connaît bien dans la parfumerie de niche contemporaine. Le musc apporte une rondeur skin-like (un peu comme une deuxième peau) qui enveloppe l’ensemble sans étouffer.
La tenue ? Correcte sans être monstrueuse. Comptez six heures en moyenne, avec un sillage modéré qui devient rapidement intime. Pas le genre de parfum qui annonce votre arrivée trois minutes avant vous.
Pour qui (et surtout pas pour qui)
Sushi Imperiale s’adresse aux curieux. À ceux qui en ont marre des compositions prévisibles et qui cherchent quelque chose de différent sans basculer dans l’expérimental pur.
C’est aussi un parfum mixte au sens propre – je l’ai testé sur une amie et sur moi, et il fonctionne parfaitement sur les deux types de peau. Les hommes qui aiment les épices sèches et les femmes qui fuient le sirop vont probablement adhérer.
Par contre (et j’insiste là-dessus), si vous cherchez la séduction facile ou le compliment-getter, passez votre chemin. Sushi Imperiale ne plaît pas à tout le monde. Certains y voient un chef-d’œuvre minimaliste, d’autres trouvent ça bizarre et plat. Entre nous, c’est exactement ce type de polarisation qui rend la niche intéressante.
Quand le porter ?
Moi, je le porte au bureau en automne et au printemps. Il fait trop chaud l’été, pas assez enveloppant l’hiver. C’est un parfum de mi-saison qui brille particulièrement quand il fait autour de 15-20 degrés.
Évitez les grandes occasions formelles – c’est trop décalé. Préférez les contextes décontractés mais soignés : un déjeuner entre amis, une balade culturelle, un dimanche où vous avez envie de vous sentir bien sans chercher à impressionner.
Ce que j’ai moins aimé
Ah, et j’oubliais : le flacon. Bois 1920 ne fait pas dans la révolution esthétique. C’est classique, un peu lourd, vaguement années 80 dans l’esprit. Ça ne gâche rien, mais ça n’aide pas non plus.
Autre point : le rapport qualité-prix peut faire grincer des dents. Pour une composition relativement simple (sept notes principales), certains trouveront le tarif un peu élevé. Personnellement, je paie autant pour l’originalité du concept que pour la qualité d’exécution, mais je comprends l’argument.
Dernier détail qui peut agacer : la phase de démarrage brutale. Si vous n’aimez pas le poivre rose agressif, les dix premières minutes vont être compliquées. Laissez-lui du temps – vraiment.
Mon verdict après trois mois d’utilisation
Sushi Imperiale n’est pas un coup de foudre. C’est une histoire qui se construit lentement, avec des hauts et des bas, des moments où vous le trouvez génial et d’autres où vous vous demandez pourquoi vous l’avez acheté.
Ce que j’apprécie particulièrement : son côté inclassable. Il ne ressemble à rien que je connaisse dans ma collection. Le sésame reste une note rare en parfumerie, et Bois 1920 l’utilise avec justesse, sans surenchère.
Ce qui me manque : un peu plus de profondeur dans le fond. Après l’originalité du cœur, la base boisée-musquée paraît presque fade. J’aurais aimé que l’audace se poursuive jusqu’au bout.
Ma note : 7/10
C’est un très bon parfum de niche, techniquement bien exécuté, avec une vraie personnalité. Pas un chef-d’œuvre absolu, mais une option solide pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus sans tomber dans l’art olfactif trop conceptuel.
Faut-il craquer ?
Testez-le. Vraiment, plusieurs fois si possible. Ce n’est pas le genre de parfum qui révèle tout dès la première rencontre. Donnez-lui trois essais minimum, dans des contextes différents, avant de décider.
Si après ça vous restez intrigué, c’est probablement que Sushi Imperiale a quelque chose à vous dire. Si vous trouvez ça juste bizarre et sans intérêt… pas de problème non plus. La niche, c’est aussi accepter que tous les parfums ne sont pas faits pour tous les nez.
Moi, je garde mon flacon. Et je continuerai à le porter ces dimanches d’automne où j’ai envie de sentir quelque chose de différent. Quelque chose qui me ressemble un peu : pas évident au premier abord, mais intéressant quand on prend le temps.
Est-ce que vous prendriez ce temps-là ?
