Alexandria II Xerjoff : Mon Coup de Coeur Oriental

La rencontre avec une légende

Bon, soyons honnêtes : j’ai longtemps tourné autour d’Alexandria II sans oser franchir le cap. Le prix m’intimidait. Les avis dithyrambiques aussi – vous voyez le genre, quand c’est tellement bien que ça devient suspect. Et puis un jour, dans une boutique milanaise, le flacon doré m’a fait de l’oeil. J’ai tendu le bras. Ma vie olfactive a basculé.

Ce parfum raconte une histoire. Celle d’Alexandrie, ville mythique où Orient et Occident se rencontraient, échangeaient épices et soieries. Xerjoff a voulu capturer cette magie dans un flacon.

Mission accomplie ? Presque trop bien accomplie.

Xerjoff, l’excellence italienne assumée

La maison turinoise n’a jamais fait dans la demi-mesure. Depuis 2003, Sergio Momo impose sa vision : luxe absolu, matières premières d’exception, flacons précieux comme des bijoux. Certains trouvent ça ostentatoire. Moi je trouve ça rafraîchissant – au moins ils assument leur positionnement haut de gamme sans fausse modestie.

Une collection riche et variée

Alexandria II appartient à la collection XJ 1861, référence à l’unification italienne. Chaque parfum de cette ligne célèbre une ville historique. Ici, c’est donc Alexandrie d’Égypte qui inspire. La première version (Alexandria I) existe aussi, plus florale apparemment. Je ne l’ai jamais testée franchement, difficile de comparer.

L’ouverture : fraîcheur trompeuse

Les premières secondes me surprennent toujours. Cette bergamote radieuse accompagnée du pamplemousse crée une entrée lumineuse, presque aquatique. On pourrait croire à un parfum d’été léger.

Erreur.

Cette fraîcheur est un leurre élégant. Elle dure quinze minutes maximum avant que le vrai visage du parfum se révèle. La transition est progressive mais implacable – comme un coucher de soleil qui teinte progressivement le ciel d’orange puis de pourpre.

Des agrumes qui préparent le terrain

J’adore cette introduction parce qu’elle rend le parfum portable en journée. Sans ces notes hespéridées, Alexandria II serait peut-être trop capiteux dès l’application. Là, il respire avant de déployer sa vraie nature.

Le cœur : l’enchantement floral

Aux alentours de la trentième minute apparaît un duo floral magnifique. La rose reste discrète, jamais poudrée ni grand-mère. Le jasmin apporte une sensualité presque animalique – c’est difficile à décrire mais il y a quelque chose de carné, de vivant dans cette note.

Ce cœur floral joue les intermédiaires entre la fraîcheur initiale et l’opulence finale. Il adoucit, enrobe, prépare la peau à recevoir les notes de fond massives qui arrivent. Entre nous, c’est ma phase préférée : le parfum hésite encore entre légèreté méditerranéenne et profondeur orientale.

Une rose épicée

Il y a des traces d’épices dans ce cœur (safran probablement, même si ce n’est pas listé officiellement). La rose prend des accents chauds, presque safranés. Ça lui donne un caractère unique – pas une rose de jardin anglais mais une rose de souk marocain, baignée de soleil et de poussière dorée.

Le fond : la vraie signature

Et là, surprise… Le parfum révèle son ADN profond. L’ambre envahit tout – pas un ambre discret mais une vague chaude, enveloppante, presque écrasante les premiers jours (on s’habitue, promis). Le santal apporte sa crémosité boisée, cette texture veloutée qui transforme l’ambre brut en quelque chose de portable.

Cette base tient facilement 10-12 heures sur ma peau. Sur vêtements ? Plusieurs jours sans forcer. J’ai porté une écharpe parfumée pendant une semaine entière.

Un sillage imposant

Ah, et j’oubliais : ce parfum projette. Beaucoup. Les trois premières heures, les gens vous sentent avant de vous voir. Certains adorent, d’autres trouvent ça envahissant. Personnellement je dose avec deux sprays maximum – un sur la nuque, un sur le poignet.

Pour le bureau en open space, c’est peut-être pas l’idéal (disons que vos collègues vont avoir un avis sur votre parfum, qu’ils le veuillent ou non).

À qui s’adresse Alexandria II ?

Question piège. Ce parfum défie les catégorisations habituelles. Techniquement mixte, il penche plutôt masculin à cause de cette base ambrée-boisée massive. Mais je connais des femmes qui le portent merveilleusement bien, avec une assurance qui le transforme complètement.

Profil idéal

Vous aimez les parfums riches qui racontent une histoire ? Vous n’avez pas peur de sentir bon fort ? Vous cherchez un parfum signature qui ne passe pas inaperçu ? Banco.

En revanche, si vous préférez les parfums discrets façon « peau propre », fuyez. Alexandria II n’a rien de minimaliste. C’est un parfum baroque, généreux, exubérant même. Il prend de la place dans une pièce.

Question de saison

Théoriquement automne-hiver. Mais je triche parfois en soirée d’été (avec un seul spray). Cette ouverture fraîche rend la chose possible, surtout en bord de mer quand la brise tempère le sillage.

Le flacon : un objet précieux

Impossible de parler d’Alexandria II sans évoquer son écrin. Ce flacon doré gravé de motifs géométriques évoque les palais orientaux. Lourd, massif, il trône sur une commode comme une pièce de musée.

Certains trouvent ça tape-à-l’œil. Moi je trouve que l’objet respecte le jus : si vous mettez un parfum aussi opulent dans un flacon minimaliste, il y a dissonance. Là, le contenant et le contenu dialoguent harmonieusement.

Le rapport qualité-prix

Bon, parlons argent. Alexandria II coûte cher. Très cher même. Autour de 200-250 euros pour 50ml selon les revendeurs. C’est un investissement.

Maintenant, regardons les faits : la tenue est exceptionnelle, le sillage aussi. Un flacon dure longtemps vu qu’on dose modérément. Les matières premières sentent leur qualité – cet ambre n’a rien de synthétique cheap, ce santal non plus.

Est-ce que ça justifie le prix ? Ça dépend de votre budget et de vos priorités. Pour moi qui collectionne les parfums de niche, c’était justifié. Pour quelqu’un qui découvre ce monde, peut-être commencer par des options plus accessibles avant de craquer.

Les alternatives possibles

Si vous aimez l’idée d’Alexandria II mais cherchez autre chose :

– Ambre Nuit de Dior (plus discret, moins tenace)
– Interlude Man d’Amouage (plus fumé, plus sombre)
– Naxos de Xerjoff (même maison, plus miellé)

Mais franchement, aucun ne reproduit exactement cette alchimie entre fraîcheur agrumée et profondeur ambrée. Alexandria II garde sa singularité.

Mon verdict personnel

Alexandria II fait partie de ces parfums qui divisent. Trop puissant pour certains, parfait pour d’autres. Moi je le trouve fascinant – comme ces personnalités entières qu’on adore ou qu’on fuit, sans demi-mesure possible.

Je lui reproche parfois son côté envahissant. Certains jours, j’ai envie de quelque chose de plus subtil. Mais quand je veux ME SENTIR, exister olfactivement sans compromis, c’est vers lui que je me tourne.

La qualité de fabrication est indéniable. La tenue aussi. Le plaisir olfactif, immense une fois qu’on a apprivoisé cette puissance.

Ma note

Je lui donne un solide 8,5/10. Points forts : richesse, tenue, originalité de la composition. Points faibles : prix élevé, sillage qui peut intimider, pas très polyvalent.

Tout le monde va aimer ? Certainement pas. Ceux qui aiment vont devenir obsédés ? Probablement. C’est un parfum d’amour ou d’indifférence, rarement entre les deux. Et franchement, c’est ce qui fait son charme non ?

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