Naxos de Xerjoff : le miel de la Méditerranée

La première fois que j’ai senti Naxos, j’étais dans une boutique parisienne un matin de novembre. Le vendeur m’a tendu la mouillette avec un sourire entendu. Trois secondes plus tard, je comprenais pourquoi ce sourire.

Xerjoff, ou l’art de la parfumerie italienne maximale

Parlons un peu de Xerjoff avant d’attaquer le vif du sujet. Cette maison italienne fondée en 2003 ne fait rien à moitié. Flacons sculptés, packaging digne d’un coffret à bijoux, matières premières haut de gamme… Et des prix qui vont avec, soyons clairs.

Naxos fait partie de la collection Shooting Stars. L’île grecque éponyme est connue pour son miel et son marbre blanc. Sergio Momo, le créateur et nez de la maison, s’en est visiblement inspiré. Le flacon lui-même ressemble à un lingot précieux – personnel, je trouve ça un peu too much, mais bon.

L’ouverture : quand la lavande rencontre le soleil

Dès la vaporisation, on n’est pas dans la subtilité. La lavande débarque, massive, accompagnée d’une bergamote lumineuse et d’un zeste de citron qui réveille. Mais attention, ce n’est pas la lavande pépère de nos grands-mères ou le fougère barbershop classique.

Cette lavande-là baigne dans un sirop ambré qui arrive presque immédiatement. Quelques secondes à peine. C’est chaud, c’est sucré, c’est… puissant. Vraiment puissant.

Mon conseil ? Allez-y mollo sur le nombre de pschitts au début. Deux suffisent largement (voire un seul si vous débutez avec ce genre de jus). J’ai fait l’erreur d’en mettre quatre la première fois. Mes collègues ont su que j’étais arrivée avant même de me voir.

Le cœur : l’âme grecque du parfum

Là où Naxos devient vraiment intéressant, c’est dans son développement. Le miel arrive progressivement, et pas n’importe quel miel – un miel ambré, presque roussi, légèrement sauvage. Ça sent le soleil grec, les ruches en pierre, quelque chose d’authentique.

Le tabac se faufile ensuite. Pas le tabac blond et poudreux qu’on trouve partout. Non, un tabac miellé, presque confit. La cannelle apporte une touche épicée qui évite le côté trop gourmand. C’est chaud sans être étouffant (enfin, si vous n’avez pas surdosé…).

Comment dire… c’est difficile à décrire mais il y a une richesse là-dedans qui fait que votre nez ne s’ennuie jamais. Vous sentez votre poignet toutes les dix minutes. Vous voyez le genre ?

Une transition qui prend son temps

Entre le cœur et le fond, Naxos évolue lentement. Très lentement. On parle d’heures. La lavande s’estompe petit à petit, le miel et le tabac prennent toute la place, et puis…

Le fond : un cocon ambré et vanillé

Après quatre ou cinq heures (oui, ce jus tient une éternité), Naxos se pose sur une base ambrée absolument magnifique. Le cachemire – cette note poudrée et veloutée – enveloppe le tout. La vanille arrive en renfort, mais ce n’est pas la vanille cupcake de chez Sephora.

C’est une vanille sèche, presque boisée, qui se marie au tabac résiduel et à l’ambre pour créer quelque chose de… réconfortant. Voilà le mot. Naxos dans son sillage, c’est comme un pull en cachemire (justement) un soir d’automne.

La tenue ? Délirante. Comptez facilement 10-12 heures sur peau, et vos vêtements vont garder l’odeur pendant des jours. J’ai porté un pull avec Naxos un mardi, je l’ai remis le samedi sans le laver (oui, bon, c’était un pull léger)… et je sentais encore le parfum.

Pour qui ce parfum ?

Bonne question. Naxos divise, franchement. Ceux qui aiment vont devenir obsédés. Ceux qui n’aiment pas vont trouver ça écœurant.

Vous allez adorer si :

Vous cherchez un oriental qui assume sa gourmandise. Vous aimez le miel en parfumerie (crucial). Les parfums puissants ne vous font pas peur – au contraire. Vous voulez qu’on remarque votre sillage sans pour autant porter un truc synthétique qui sent à trois mètres. Vous appréciez Tobacco Vanille de Tom Ford mais vous le trouvez trop sage.

Passez votre chemin si :

Les parfums gourmands vous donnent la nausée. Vous cherchez quelque chose de discret pour le bureau (sauf si vous avez un bureau fermé et des collègues tolérants). Le miel, ce n’est vraiment pas votre truc. Votre budget parfum est serré – autant être honnête, Naxos coûte un bras.

Une question de saison et d’occasion

Portez Naxos en été et vous allez suffoquer. C’est un parfum d’automne et d’hiver, point final. Dès que les températures descendent sous les 15 degrés, là il s’épanouit vraiment.

Pour les occasions ? Soirées, dîners, sorties… tout ce qui est après 18h en gros. Le porter au bureau demande une certaine audace (ou un poignet léger). En journée le week-end, par temps frais, ça passe nickel.

Ah, et j’oubliais : c’est un parfum mixte sur le papier, mais franchement, je le trouve très masculin. Après, j’adore le porter personnellement, et je reçois des compliments à chaque fois. Donc bon, les étiquettes…

Mon verdict personnel

Naxos, c’est le parfum que je porte quand je veux me sentir enveloppée, protégée presque. Il y a quelque chose de rassurant dans cette chaleur miellée et ambrée. Pas mal de gens m’ont demandé ce que je portais – toujours bon signe.

Le rapport qualité-prix par contre… là il faut avoir le portefeuille qui suit. On est autour de 250-280 euros les 100ml selon les revendeurs. C’est cher. Très cher même. Mais la qualité des matières premières se sent, et la tenue justifie en partie le prix.

Est-ce que je le rachèterais ? Oui, probablement. Mais pas en flacon de 100ml. Le format 50ml me semble plus raisonnable, surtout qu’on en met très peu à chaque fois.

Un parfum pour tous les jours ? Non. Un parfum pour les jours où vous voulez vous sentir spéciale ? Absolument.

Ma note : 8,5/10

Je retire un point pour le prix (même si la qualité est là) et un demi-point pour la puissance qui peut être intimidante. Mais la composition est superbe, la tenue exceptionnelle, et ce miel grec fait vraiment toute la différence.

Naxos n’est pas un parfum pour débuter dans la niche – trop riche, trop présent. Mais si vous avez déjà exploré les orientaux gourmands et que vous cherchez quelque chose d’un cran au-dessus, là ça vaut vraiment le détour.

Reste une question : faut-il craquer pour le flacon ou se contenter d’un échantillon qu’on garde précieusement pour les grandes occasions ?

Pour explorer d autres orientaux raffinés, L Instant de Guerlain offre une alternative plus accessible mais tout aussi élégante.

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