Portrait of a Lady : la rose qui fait trembler les murs

La première fois que j’ai vaporisé Portrait of a Lady, j’ai cru que j’avais cassé quelque chose. Une déflagration de rose si dense, si sombre, que j’ai regardé mon poignet avec méfiance. Trois heures plus tard, toute la rédaction connaissait ma présence. Pas subtil pour deux sous.

Et pourtant, trois ans après, c’est devenu mon parfum des grands jours. Celui que je sors quand je veux qu’on se souvienne de moi.

Frédéric Malle, l’éditeur qui a tout changé

Bon, soyons honnêtes : Frédéric Malle n’est pas parfumeur. Il est éditeur de parfums, ce qui est carrément plus malin quand on y pense. L’idée? Donner carte blanche aux meilleurs nez du monde et les laisser créer sans contraintes marketing.

Portrait of a Lady, c’est Dominique Ropion qui l’a composé en 2010. Le même qui a signé Carnal Flower et Une Rose. Le gars connaît son affaire niveau fleurs, disons-le franchement.

La maison Editions de Parfums Frédéric Malle existe depuis 2000. Chaque création porte le nom du parfumeur sur l’emballage, ce qui est rare dans l’industrie. Une transparence qui fait du bien.

Ce que sent vraiment Portrait of a Lady

Les premières minutes : l’attaque frontale

Le cassis et les baies rouges débarquent ensemble. Pas en douceur – en fanfare. C’est fruité mais pas sucré, plutôt acidulé avec une pointe verte qui surprend. La bergamote essaie de civiliser tout ça. Elle échoue glorieusement.

Déjà à ce stade, vous comprenez que ce parfum ne connaît pas le concept de discrétion. Ma mère dirait que c’est vulgaire. Elle n’a pas tort. C’est juste que moi, j’adore.

Le cœur : la rose qui n’en fait qu’à sa tête

Après vingt minutes, la rose turque prend le contrôle. Et quelle rose! Rien à voir avec les roses propres et transparentes qu’on voit partout. Celle-ci est opaque, épicée, presque animale par moments.

Le patchouli arrive en renfort et là, ça devient sérieux. Pas le patchouli hippie des années 70 – plutôt sa version sombre et terreuse qui donne de la profondeur. Comment dire… c’est comme si on avait pris une rose et qu’on l’avait fait vieillir dans un sous-sol humide. Je sais que ça ne vend pas du rêve dit comme ça, mais portez-le et vous comprendrez.

Cette phase dure des heures. Vraiment des heures.

Le fond : l’atterrissage en douceur (relative)

L’encens entre en scène progressivement. Il apporte cette dimension fumée qui transforme complètement le parfum. Le bois de santal ajoute un côté crémeux, presque lacté qui adoucit enfin cette bête sauvage.

L’ambre réchauffe l’ensemble sans tomber dans le piège du sucré. Vous sentez toujours la rose, mais maintenant elle est enveloppée, civilisée… presque sage. Presque.

Sur ma peau, cette base tient facilement 12 heures. Et encore le lendemain matin sur mon écharpe.

Pourquoi ce parfum divise autant

Portrait of a Lady fait partie de ces créations qui ne laissent personne indifférent. Soit vous tombez amoureux, soit vous fuyez. Pas de juste milieu.

La puissance pose problème à beaucoup de gens. Deux vaporisations suffisent largement – trois si vous voulez vider un open space. J’ai appris à mes dépens qu’il fallait y aller mollo.

La rose hyper présente rebute ceux qui cherchent quelque chose de moderne et minimaliste. C’est baroque, c’est dense, c’est définitivement pas pour les minimalistes. Entre nous, tant mieux. On a assez de parfums aquatiques fades comme ça.

Le prix aussi. Ah, le prix. On ne va pas se mentir, c’est un investissement. Mais la tenue et la qualité des matières justifient le tarif. Un flacon me dure plus d’un an vu que j’en mets peu à chaque fois.

À qui je le recommande (vraiment)

Ce parfum s’adresse aux personnes qui assument leur présence. Si vous aimez vous fondre dans le décor, passez votre chemin. Portrait of a Lady annonce votre arrivée cinq minutes avant vous.

Les amoureux de rose y trouveront leur compte, mais attention : pas la rose de votre grand-mère. Celle-ci mord. Elle a du caractère et elle ne s’excuse de rien.

Je le porte principalement en automne et hiver. L’été, franchement, c’est trop. Même moi qui adore, je trouve ça étouffant quand il fait chaud. Les soirées fraîches de printemps peuvent passer, à la rigueur.

Niveau occasions? Dîners importants, soirées, événements où vous voulez marquer les esprits. Au bureau, ça dépend vraiment de votre environnement. Dans mon ancien open space, mes collègues m’auraient tuée. Maintenant que je suis en bureau individuel, je peux me le permettre.

Les hommes peuvent-ils le porter?

Absolument. D’ailleurs, Dominique Ropion l’a créé en pensant autant aux hommes qu’aux femmes. Le patchouli et l’encens lui donnent une masculinité certaine. Mon copain me l’a emprunté plusieurs fois (volé serait plus exact).

Vous voyez le genre? Ces parfums mixtes qui fonctionnent différemment selon la chimie de chaque peau. Sur lui, c’est plus fumé et boisé. Sur moi, la rose prend plus de place.

Mon verdict sans filtre

Portrait of a Lady mérite-t-il son statut culte? Oui. Sans hésitation.

C’est un parfum exigeant qui demande de l’assurance. Pas question de le porter en arrière-plan – il refuse ce rôle. Mais quand vous êtes d’humeur à affirmer votre personnalité, rien ne fait mieux le job.

La composition est brillante. Ropion a réussi à créer une rose moderne sans renier la tradition. C’est riche sans être écoeurant, puissant sans être vulgaire (enfin, juste à la limite). La longévité et le sillage sont exceptionnels – peut-être trop pour certains.

Les défauts? La puissance qui oblige à doser avec parcimonie. Le prix qui fait mal au portefeuille. Et cette rose ultra présente qui ne plaira pas à tout le monde.

Mais franchement, si vous cherchez un parfum qui se démarque vraiment, qui raconte quelque chose, qui ne ressemble à rien d’autre… Portrait of a Lady fait le taf. Magistralement.

Ma note : 9/10

Je retire un point uniquement pour la puissance difficile à gérer. Mais la composition elle-même? Parfaite dans son genre.

Quelques alternatives (si jamais)

Si vous trouvez Portrait of a Lady trop intense, La Fille de Berlin de Serge Lutens propose une rose-poivrée plus légère. Lyric Man d’Amouage joue aussi dans la catégorie rose orientale mais avec plus de géranium.

Dans un registre proche, Noir de Noir de Tom Ford mérite le détour. Plus gourmand avec sa truffe, mais cette même densité luxueuse.

Bref. Portrait of a Lady reste unique. Après trois ans d’utilisation, je ne m’en lasse pas. Certains jours, je l’ouvre juste pour le sentir sans le porter. C’est peut-être ça, un grand parfum?

Est-ce qu’il vous plaira autant qu’à moi? Aucune idée. Mais au moins, vous ne risquez pas de l’oublier.

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